Iran, le dépaysement commence vraiment

J’ai honte de vous raconter ma rencontre avec  le changeur d’argent  de la frontière iranienne. Dès mon arrivée à la frontière turque je me fais  aborder par un traditionnel changeur. Mon gars a la cinquantaine, mal rasé, une gueule de presque honnête en somme. Il me propose un taux franchement pas intéressant  mais je  lui montre sur mon Smartphone  les derniers cours parallèles du dollar et de l’euro bien supérieurs. Bref, je lui fais comprendre qu’il ne faut pas me prendre pour un perdreau de l’année!!. Le gars sans se démonter me dit : « OK si tu changes  100 € j’accepte ce taux ». J’avais l’intention de changer 50 mais l’odeur du change avantageux me fait perdre raison. Je lui montre sur ma calculette qui affiche  7 370 000 Rials. Je suis certain que vous avez déjà compris où va se situer l’embrouille, se retrouver avec une liasse de billets avec plein de zéros… Bingo,  le mec m’a refilé 5 billets de 20 000 en m’annonçant  bien fort « voilà 1 million ». Je repars tout content et fier de mon sens aigu de la négociation. Mais  ce n’est  que le lendemain en faisant mes comptes que j’ai pris conscience de ma naïveté et de ma connerie. L’opération se soldera pas un taux de change légèrement supérieur à celui que la banque m’aurait offert  mais c’est quand même vexant.   En Inde j’ai échappé à un grand classique de l’arnaque au touriste mais en Iran je suis bien tombé dans le panneau.  En fait, le premier jour dans un nouveau  pays est toujours dangereux, il faudrait toujours commencer par le deuxième !!!

La bonne nouvelle quand même c’est que le plein d’essence coute 2€ au lieu de 15 en France, et qu’un repas au restaurant 4€, ma moyenne de dépenses journalières restera très raisonnable.

Le passage de la frontière turque se passe rapidement avec les douaniers joviaux qui se prennent en photo sur ma moto. En revanche,  les formalités iraniennes  seront plus longues. Deux heures de navettes d’un bureau à un autre avec ce fameux Carnet de Passage en Douane qui  complique les contrôles. Une chose est certaine, le burn out du douanier iranien doit être rare.  Un dernier coup de tampon et le fonctionnaire  me confirme que je peux partir en ajoutant « surtout ne donne pas d’argent à quiconque  pour quelque raison que ce soit », sympa le type.  Avant la sortie de la zone franche, un type m’arrête pour contrôler mon billet de sortie. Il me dit qu’il faut trois tampons : 1 pour le visa, 1 pour la moto et 1 pour l’assurance iranienne de la moto que je n’ai pas  bien sûr. « Si toi  pas 3 tampons, toi rester ici ».  Il m’explique que l’assurance en question coute 120 dollars pour un an, mais comme il est bon en affaire il est OK pour 60 $ !! Je lui dis que je n’ai pas besoin d’assurance étant déjà assuré  en France et lui sors ma carte verte. Il embarque carte verte et passeport dans son bureau de chantier et revient quelques minutes plus tard en me demandant 30$ cette fois. Sans perdre mon calme, je lui confirme que ce sera rien du tout. Il me rend les papiers  et part  discuter avec un collègue, le portail est ouvert, un coup de gaz et ciao mon gars. En réalité, les conseils à ce sujet d’un copain rodé à la traversée de cette frontière  m’ont été bien utiles sinon la journée aurait pu se solder par une deuxième arnaque.

La route et le paysage sont superbes jusqu’à Tabriz, ma première étape. C’est le ramadan et par respect je me cache un peu pour fumer et boire. Les restaurants ont l’air fermés, je dois attendre le soir pour trouver quelque chose à bouffer. Ce  n’est que 3 jours plus tard que j’apprendrai que les voyageurs peuvent se dispenser du jeûne pendant la journée, ce qui explique quelques rares iraniens attablés. Les 300 derniers km avant Téhéran sont en revanche peu intéressants en particulier la traversée de  cette interminable banlieue industrielle qui annonce la capitale. J’y ai dormi deux nuits, malheureusement ce vendredi là tous les musées et lieux touristiques sont fermés sans doute à cause du ramadan ?  Pas grave, Téhéran ne semble pas plus attachante comme ville que çà, je la quitte sans regret.

Je file vers le sud et faits une première étape à Qom. Ville très très religieuse chiite, c’est simple toutes les femmes sont exclusivement vêtues du tchador noir. Les mosquées sont nombreuses, magnifiques et remplies. Je ne me sens pas vraiment à l’aise dans cette ville et je la quitterai dès le lendemain matin, direction Ispahan. Avant de rentrer dans la ville, lors d’une pause, une voiture s’arrête à côté de moi  et le chauffeur engage la conversation dans un anglais difficile. Je comprends très vite qu’il m’invite chez lui dans son village. Je décline l’invitation mais ce genre de rencontre est fréquente, les iraniens sont excessivement  accueillants et prévenants avec les étrangers.  Les routes sont généralement de très bonne qualité et traversent de magnifiques paysages. Je commence à découvrir un peu le désert et sa chaleur qui fait l’effet d’un sèche-cheveux quand je roule.

Ispahan, je visite quelques mosquées et le musée des bains. Des successions de pièces et de petites piscines  dont les murs sont  couverts  de mosaïques me font regretter l’époque où les lieux étaient en activité.

Kashan, mon auberge est située au centre du quartier historique. Les visites peuvent se faire à pied. La chaleur l’après-midi devient pesante, j’en profite pour me reposer en attendant la soirée plus propice aux balades dans les ruelles du quartier.

Je dois remonter  vers la mer Caspienne et ma prochaine capitale sera Bakou en Azerbaïdjan. J’ai largement le temps mais j’aime bien prévoir large au cas où ma moto me ferait des caprices.

MOI-IRAN
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