De l’Uruguay à la Patagonie

L’avion atterrit ce dimanche matin 20 janvier 2019. L’aéroport est comme je les aime, à taille humaine pas au milieu d’une zone industrielle avec des tarmacs bordés d’herbe taillée comme un golf. Mon hublot laisse apercevoir un bout de forêt, Montévidéo n’est qu’à 20km, je sais qu’un nouveau voyage m’attend, pas de stress, juste envie d’enfourcher ma moto le plus tôt possible et rouler vers de nouvelles aventures.

Je rejoins mon auberge de jeunesse, le Montevideo Port Hostel, la moins chère de la ville. Le confort y est correct et l’accueil chaleureux. L’écriteau au dessus du desk donne le ton: “personne n’est illégal sur terre”. Les pensionnaires sont Cubains ou Vénézuéliens en quête de jours meilleurs, il y a aussi Marta un transsexuel brésilien. Pas de touristes européens sauf Philippe, un belge sympa à la soixantaine ravagée qui doit avoir le même foie que Houellebecq, en tout cas il en a l’allure. Trente ans d’errance en Amérique du sud, fauché et alcoolique assumé, ses propos sont parfois décousus, faut dire qu’il attaque dès son réveil avec du pinard vendu en Tétra brik versé dans son mug. Il dort habillé avec ses pompes mais reconnaît avoir une qualité, il ne fume pas. Hier c’était jour de fête à l’auberge, il a pris une douche.

Montévidéo est une capitale comme d’autres en Amérique du sud, sans charme particulier, les rues tracées au cordeau, quelques restes d’architecture coloniale du 19éme, pas de quoi y moisir.

Je me rends chez mon transitaire Waves-Logistics pour y retrouver Rachida la française en charge du secteur véhicule. Elle a suivi l’envoi de ma moto depuis Anvers, il y a un mois et m’accompagne depuis pour les formalités jusqu’à la sortie de douanes de Montévidéo. Tout se passe à merveille, pas de vol, de bakchich, de tracasseries administratives, Bienvenue en Uruguay c’est tout.

Je quitte Montévidéo pour le nord de ce petit pays un peu plus grand que la Bretagne. La campagne est belle mais le paysage change peu. Après avoir passé une nuit à Melo je décide de revenir sur mes pas et d’aller voir la station balnéaire de luxe Punta del Este. Bof, bof des immeubles pas vraiment beaux, des touristes à pantacourt et crocs.L’auberge de jeunesse nommée THC hostel annonce la couleur et oui l’Uruguay doit être le premier pays au monde à avoir légalisé le cannabis. Pépé Mujica le président de l’époque est un personnage hors norme et incontournable qui a marqué l’histoire moderne de son pays. Il vit dans une petite ferme à 20 km du centre de Montevideo. Seuls deux militaires sont en faction à l’entrée de son jardin, j’y suis allé en espérant avoir la chance de le voir malheureusement je ne verrais que sa veille coccinelle bleue. Depuis qu’il s’est retiré de la vie politique et publique il est plus difficile de le rencontrer, certains ont parfois la chance d’être reçus chez lui. Mais ce ne sera moi ce jour là.

Direction Villa Soriano, des amis argentins rencontrés il y a quatre ans m’ont donné l’adresse d’une française, Sophie Chacou avec qui j’ai pris contact. Elle se propose de m’héberger dans son chalet qui est aussi prévu pour recevoir des touristes. Quel personnage haut en couleurs cette femme!!! navigatrice et écrivain au discours vert et direct qui ferait passer De Kersauson pour une danseuse de tango. Elle me confie qu’elle en a parfois marre de raconter sa vie aux touristes qu’elle reçoit, qu’elle a l’impression de parler d’une autre personne. Je la sens un peu  désabusée . Sophie a aussi invité le compagnon de Jéromine Pasteur . Le couple vit à quelques centaines de mètres de chez elle, malheureusement pour moi Jéronime est partie récupérer son bateau aux Antilles. La soirée a été splendide,nous avons tous la passion du voyage et de l’aventure, les bières et le plateau de cochonailles locales sont rapidement engloutis.

Le lendemain je reprends la route en direction de Buenos Aires. Je dois y faire ma vidange à la concession Royal Enfield. En attendant que ma moto soit prête, je vois arriver vers moi un barbu qui me demande: «tu n’es pas ami avec Sophie?»

« Si je lui réponds mais comment le sais-tu?

«Je t’ai vu sur Facebook, je suis aussi ami avec elle».

El Gaucho vit sur son bateau dans la marina, retraité de la marine militaire, il possède aussi une Royal Enfield d’où sa présence dans la concession. Le monde est décidément petit. Il m’invite à boire une bière sur son bateau et en profite pour me donner les bonnes adresses de motards, entre autres celle d’un refuge que se trouve sur ma route.

Depuis que j’ai quitté Buenos Aires le paysage ne change pas vraiment, c’est plat, toujours plat, immensément plat. Je passe une nuit au refuge pour motard, super ambiance, asado ( grillade) traditionnel, échange d’adresses .

J’entre en Patagonie sans vraiment voir la différence de paysage, une seule différence notable, le vent. Ce vent qui descend de la cordillère des andes chiliennes. Ce vent de travers qui devient de plus en plus fort au fur et à mesure qu’on se rapproche de la terre de feu. Tout le monde semble habitué, mais pour moi conduire avec des raffales de 50 km/h c’est vraiment pénible.Mais je suis tellement heureux de ne pas être à vélo. Encore une route au dessus de mes moyens physiques que je n’aurais jamais pu faire en pédalant.

J’essaie de trouver un camion qui roule à 80 et me colle derrière à 5 m de sa caisse. Méthode dangereuse mais terriblement efficace, moins de consommation de carburant, moins de vent, moins froid aussi il faut juste prier pour que le camion ne freine pas brusquement …

Aller, hasta luego.

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